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Aurais-je dû me méfier ? Oui, bien sûr que oui.
Un plaisir si ardent est forcément nocif.
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_____J'avais toujours détesté ce genre de soirées. Un vrai purgatoire pourtant la consécration de mon travail. Gamine, j'avais rêvé de grands bals féerique et de femmes magnifiques vêtues de robes somptueuses. Alors oui, j'avais réalisé mon rêve mais je ne trouvais ici aucune magie, aucun romantisme. Seulement du champagne, des bijoux et des robes de créateurs.
_____Je n'étais pas malheureuse. Non, à cette époque, je me considérais même comme comblée de bonheur. J'avais un travail en or et des amis formidables et intéressants. Je ne demandais rien de plus.
_____Le seul inconvénient était ces galas que m'imposait mon boulot. On devait me voir, me connaître. Il fallait que je me fasse des... relations.
_____Seulement, niveau communication, je n'étais pas géniale. Autant dire que c'était carrément mon point faible. Je passais ces soirées, pourtant si importantes comme me le répétait ma patronne, appuyée contre un mur de la salle à siroter des cocktails toujours plus extravagants les uns que les autres.
_____Ce soir-là, j'étais bien décidée à faire passer le temps comme à mon habitude. Je hélai un serveur et lui montrai ma coupe vide en haussant le sourcil. Il s'inclina rapidement puis tourna les talons. Il revint quelques minutes plus tard, une coupe remplis du même liquide bleu que tout à l'heure. Je lui fis mon plus grand sourire pour le remercier.
_____Alors que j'allais porter l'objet en verre à mes lèvre, je sentis que quelqu'un s'appuyer sur mon mur à côté de moi. Je n'y fis pas plus attention et bus une première gorgée de ma boisson alcoolisée.
_____- Vous ne devriez pas boire autant._____Je me figeai. Cette voix chaude et grave, bizarrement, m'électrisait.
_____- Ce n'est que mon troisième verre, rétorquai-je sans me retourner malgré la curiosité qui me tiraillait.
_____- Méfiez-vous, continua l'inconnu sur un ton rieur, ces cocktails sont plus corsés qu'ils n'y paraissent.
_____- Ne vous inquiétez pas, je suis résistante._____Et pour confirmer mes dires, je pris une nouvelle gorgée. Un petit rire me parvint aux oreilles, un rire si beau et si simple que je dus m'empêcher de recracher ma boisson par le nez. Ce petit rire moqueur m'évoquait à cette instant là des centaines de souvenirs. Dans mes tympans résonnaient des chants d'enfants, la musique des manèges, le bruit d'un bol sur le carrelage, des chants de Noël. Des choses autant ridicules et romanesques qu'agréables.
_____Un silence s'ensuivit. Je restais choquée quand à l'effet qu'un simple rire, de surcroît bref de quelques secondes à peine, pouvait me faire. Je décidais de tourner la tête afin d'identifier l'auteur de pareille magie.
_____À côté de moi se trouvait un jeune homme d'une vingtaine d'année grand maximum. Et il était... époustouflant.J'avais rencontré beaucoup de mannequins dans mon travail, mais lui dégageait quelque chose de particulier. Une aura, un rayonnement magique. Je regardai avec scepticisme mon verre encore bien remplis avant de le poser sur une table proche et mettai sur le coup de l'alcool la beauté surnaturelle de la personne devant moi.
_____- Ah finalement, vous suivez mes conseils, déclara-t-il avec une lueur dans les yeux.
_____- M'oui. Vous avez peut-être raison, je dois avoir trop bu._____Je passai ma main sur mon visage en espérant vainement que ce geste allait balayer ma gêne et cette étrange sensation que j'éprouvais en présence de cet homme.
_____- Vous vous sentez bien ?_____Il fronça les sourcils avec douceur.
_____- Oui, c'est juste que j'ai tendance à... boire lorsque je m'ennuie dans ce genre de soirée.
_____- Oh. Cependant, moi..._____Il se pencha devant moi et attrapa mon ancien cocktail.
_____- Je n'ai toujours pas bu et me ferais un plaisir de finir ce verre en votre compagnie._____Il me lança un clin d'½il et commença à siroter MA boisson. Je m'apprêtai à répliquer lorsque les effluves de son parfum me parvinrent. Une senteur musquée m'enveloppa et le même phénomène se produisit. J'avais d'un coup l'impression de sentir l'arôme des barba papas, celui de l'herbe fraîchement coupé et, en fond, une forte odeur d'eau de Cologne hors de prix. Je secouai la tête de gauche à droite afin de me ressaisir.
_____- Alors comme ça vous vous ennuyez ? reprit-il sans remarquer mon embarras.
_____- A mourir.
_____- Ces galas sont pourtant réputés pour être branchés et divertissants.
_____- Branchés, je vous l'accorde. Divertissants par contre...
_____- Pourquoi venez-vous alors ?_____Il tourna à nouveau la tête vers moi et me sourit. Je baissai la tête et fixai avec un intérêt soudain mes escarpins.
_____- Pour mon boulot. Je suis critique de mode chez FairWay.
_____- Intéressant.
_____- Assez, oui. Et vous ? Si ce n'est pas impoli.
_____- Je suis chanteur.
_____- Vraiment ?_____Comment s'en étonner ? Il dégageait quelque chose de si spécial. Et sa voix était si veloutée et profonde que cela aurait été un crime de ne pas la faire entendre à la planète entière.
_____- Oui, vraiment, ricana-t-il.
_____- Intéressant, répondis-je en essayant d'imiter sa voix si complexe._____Il me sourit de nouveau et me toisa. Son regard se brouilla quelques secondes et il se pencha quelque peu vers moi. Je crus qu'il allait me dire quelque chose mais au dernier moment, il reporta son attention sur les danseurs au milieu de la grande salle. Les mannequins les plus en vogue du moment, les stylistes les plus demandés et les journalistes les plus connus étaient rassemblés ce soir. Des gens tous plus beaux et plus intéressants que moi. Je me sentis immédiatement fière qu'un être aussi spectaculaire ait choisi de fuir son ennui avec une fille aussi normale et insignifiante que moi.
_____Je dus rougir lorsque j'arrivai à cette conclusion car il tourna à nouveau la tête et sourit encore plus.
_____- Dans tous les cas, merci d'avoir rendu ces dernières minutes très agréables, susurra-t-il de sa voix chantante.______Il me mit la coupe à présent vide dans les mains. Ses doigts fins effleurèrent les miens pour la première fois. Je m'attendais à recevoir une décharge électrique ou n'importe quoi d'autre dû à l'étrange pouvoir qu'il exercerait sur moi. Je ne ressentis cependant qu'une douce sensation de chaleur.
_____- Je dois y aller, murmura-t-il. J'espère vous revoir bientôt._____Et il tourna les talons. Je ne souhaitais pas voir disparaître dans la nuit la seule chose qui, dans ma vie, pouvait faire parti de mon vieux rêve de princes et princesses.
_____- Attendez !_____J'allais poser ma main sur son épaule mais me retint, craignant une brûlure.
_____- Oui ? dit-il en se retournant.
_____- Comment vous appelez vous ?
_____- Bill._____Bill. Je rangeai ce nom précieusement dans une des boîtes de mon cerveau, celle réservée aux choses extraordinaires.
_____- Et vous ?
_____- Oh... Moi, c'est Nessy.
_____- Nessy, répéta-t-il doucement._____Il rit à nouveau et il me sembla entendre une chanson de Jeff Buckley ainsi que les beaux carillons d'une église. Je souris.
_____- Eh bien Nessy, votre prénom est presque aussi joli que votre sourire._____Il s'inclina légèrement et disparut dans la foule des invités. À mes oreilles, résonnait encore le bruit de ses santiags sur le sol, qui claquaient telles une bise sur une joue.
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Depuis ce jour là, j'allais à ces soirées avec entrain en espérant le recroiser. Je voulais ressentir son odeur, entendre de nouveau sa voix. Je désirais ardemment revivre tout ce qu'il avait réussi à me donner sans le savoir. Le retour en enfance, les rêves féeriques. Cette rencontre n'était pas anodine, il était loin d'être banale. Je voulais encore et encore effleurer le surnaturel de mes doigts.
Me rappeler tout ça est douloureux, cela me bouffe de l'intérieur. Mais je ne souhaite en aucun cas oublier cet être merveilleux. À un moment, j'ai couru des kilomètres et des kilomètres, sans m'arrêter, jusqu'à m'affaler sur le bitume, j'ai travaillé jours et nuits jusqu'à l'épuisement afin de m'endormir sans visualiser son visage ou imaginer ses bras autour de moi. Oui, cette rencontre avait été la plus belle de ma vie, elle m'avait apporté un bonheur inimaginable et presque irréel.
Aujourd'hui, je ne cours plus, je ne m'épuise plus, je ne déchire plus les magazines où il est en première page. J'éprouve seulement de la lassitude. Je n'entends plus sa respiration à mes côtés ni ne la sens dans mon cou le matin, son parfum n'est plus présent sur mon oreiller. Son paquet de thé à la menthe préféré n'est plus dans le placard et ses produits capillaires ont déserté la salle de bain. Je suis vide. Vide de lui.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Je ne peux me résoudre à m'avouer que l'aimer était une erreur. Non, le problème dans cette histoire, c'est que je n'aurais jamais dû le laisser partir. Ou, du moins, j'aurais dû tout faire pour le retenir... Ce que, sous le choc, je n'avais pas réussis à faire.